Un appartement, Paris 2010

bois de banchage, contreplaqué de bouleau huilé, miroirs

surface 50 m2

Une maison, Nancy 2009

bureau, chevet, rangements, volets escamotables.

bois de banchage, plâtre

surface 26 m2

Un cabinet de travail, Nancy 2008

miroir, laiton, plaques de plâtre, pvc, contreplaqué

215 x 100 x 88 cm

Roumanie

Fujichrome, 1998

Illustrations

Perspectives

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Montreuil

LA REGLE : remplir les 40 doubles pages du carnet sans « repentirs ». Produire un flux régulier d’images (de « visions ») tel le continuum de mots tracés sur le rouleau-parchemin de « Sur la Route ». Puis laisser les dessins surgir des pages ouvertes, les regarder défiler comme une série d’instantanés de la ville. Une empreinte urbaine tatouée sur le papier, fruit d’un «street art» contemplatif et solitaire.

Carnet ouvert tenu à la verticale, un oeil fermé de temps en temps pour vérifier les parallélismes. Aucun dessin préparatoire, la composition s’impose d’elle-même, se dégage progressivement des lignes qui s’entrecroisent sur le papier. Faire coïncider deux structures : celle du dehors et celle confinée sur le papier.

Mes poses sont de plus en plus longues (1 heure, 2 heures, 3 heures), en station debout.
Le corps devient présence, s’enracine, relie le spectacle de la rue à sa projection sur la feuille. Le trait est nu. Les passants me contournent, jettent parfois un regard sur le modèle ou le dessin. Je réponds à leurs commentaires de bon gré, toujours avec l’appréhension du «raté» qui serait sanctionné par une remarque.
Ainsi, dans la durée, la vérité du lieu apparaît plus intensément qu’avec l’enregistrement photographique – qui ne fixe qu’un instant fugitif. Je ne saisis rien à la dérobée, j’ai la légitimité que me confère ma présence insistante – je le constate aux réactions presque toujours amicales des curieux.
Sur le papier, les traits s’animent étrangement. L’image figée devient image-mouvement. L’oeil, scrutateur, se change en lentille de la Camera Obscura : il convertit les informations qui frappent la rétine en tracés noirs sur la page, résultats de déductions géométriques. La feuille blanche en guise de plaque sensible ; l’enchevêtrement des lignes sombres tel une «peinture de lumière» en négatif ; l’observation patiente comme substitut du bain révélateur.

Pour trouver le bon endroit, je marche au hasard et je peux enchaîner plusieurs dessins à la suite en pivotant simplement de quelques degrés. Devenu simple élément du paysage, je capte les conversations autour de moi. Le dessin prend forme.
Lorsque les gens s’arrêtent pour me parler, le bénéfice est immédiat : l’esprit, tiré de son assoupissement, se régénère et retrouve son acuité.
L’éblouissement est toujours à portée du regard – surtout quand l’environnement est neuf, comme ici à Montreuil, où je viens de m’installer.

Je rentre avec ma «prise», comme d’une pêche miraculeuse, et je la compare aux butins précédents. Alors, me reviennent les souvenirs persistants des conversations, des menus détails du paysage : échelles de secours, poteaux, enseignes.

Londres

EXPATRIE A LONDRES EN 1995, je formai un projet un peu insensé : montrer la mégalopole telle qu’elle m’apparaissait, à l’aube de la construction du « Dôme du Millénaire », annonçant la métamorphose de la capitale (en particulier dans les quartiers de l’East End), hâtée par l’élection de Tony Blair et la préparation des jeux Olympiques de 2012.
Quelques années plus tard, en lisant « London Orbital », roman-fleuve, dans lequel Iain Sinclair retrace son périple le long des franges de l’autoroute périphérique M25 (l’ »Orbital »), je trouvai un écho inattendu à mon « Essai sur Londres » : le récit s’achevait sur l’évocation du lieu qui, trois ans plus tôt, avait constitué le départ de ma propre exploration - l’estuaire de la Tamise.
En suivant les déambulations de Sinclair, je retrouvais des lieux familiers : le pub World’s End à Tilbury, un cheval pie, des grues, des raffineries, les carrières de craie de Swanscombe, les marais, le pont de la Reine Elisabeth II dans le lointain et surtout : le territoire de l’Abbaye d’Ingress (1), les Usines de Papier Empire (2) et du Collège Naval (3) à Greenhithe.
A ce moment de ma lecture le temps se suspend. Trois ans se sont en effet écoulés entre ma visite de ce site et celle de l’écrivain :
Sinclair arrivant à Ingress Abbey découvrait l’édifice religieux en pleine rénovation, s’apprêtant à « accueillir une entreprise de logiciels ». La destruction était en marche.

Fascination de revisiter aujourd’hui sur Google Maps ces lieux devenus méconnaissables ; sensation – un peu amère – que les nouvelles technologies de cartographie ont modelé le réel : les bâtiments du Collège Naval et de l’usine de papier ont été gommés, remplacés par des villas postmodernes, dominées par une abbaye flambant neuve.
A l’époque de mon séjour londonien, l’Ecole d’Architecture à Stratford dans l’East End, (à deux pas de Hackney, lieu de départ de Sinclair), mon logement à Forest Hill et le site de Greenhithe formaient mes trois repères quotidiens.
Dans ce triangle, où le tunnel de Blackwall traversait la Tamise vers Hackney, s’est depuis élevée la coquille du Dôme « millénariste ».
Lire la ville au prisme d’une de ses extrémités hostiles (Greenhithe) et de l’intérieur dans les limites topographiques d’une petite couronne (dominée par les panoramas opposés de Crystal Palace et de Hampstead Heath) m’a dévoilé, tout au long d’une année, un récit fantomatique et lacunaire – sorte d’archéologie intime et pop, secrète et fragmentaire de la capitale londonienne. Ici l’ailleurs est partout, démesuré, plus qu’en nul autre lieu en Europe. On voit la Venise de Canaletto à Saint Paul, l’univers des « Grandes Espérances » de Dickens émerge des marais de Swanscombe.

Londres est à l’image de la demeure-musée de John Soane au 13 Lincoln Inn’s Field : le rituel de la vie quotidienne y emprisonne une « rêverie sur le passé » (Richard Loch) plutôt que son analyse raisonnée ; une accumulation de bibelots antiques et de tableaux désuets, contenus dans un espace domestique tout en panneaux secrets, cryptes et portes dérobées.



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